L’accompagnement des troubles graves alimentaires : quand la relation à l’autre devient difficile

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On parle souvent des troubles alimentaires comme d’un rapport difficile à la nourriture. Dans mon accompagnement, je constate qu’ils touchent aussi la relation aux autres, et d’abord la relation à soi.

Pour qu’il y ait relation, il faut deux personnes

Une relation suppose au moins deux individus constitués, chacun avec une identité propre. Prenons Pierre et Sylvie. Pour qu’une relation existe entre eux, il faut des échanges, verbaux et non verbaux, portés par la sphère émotionnelle : un regard, un ton, un silence, une manière d’être ensemble.

Que se passe-t-il quand l’une des deux personnes a du mal à se sentir exister ? Si Sophie, qui traverse un trouble alimentaire, peine à se sentir être, que devient la relation entre Pierre et Sophie ?

Devenir le miroir de l’autre

Au départ, Sophie peut devenir un miroir pour Pierre, qui se ressent et se définit un peu plus à travers elle. Elle agit et se construit en fonction de ce qu’elle pense que Pierre attend d’elle. Ce qui compte, c’est que Pierre soit fier d’elle.

Cette place ne laisse guère d’espace à Sophie. Pierre, de son côté, peut sentir qu’elle lui en demande trop, sans pouvoir expliquer pourquoi. Chacun se retrouve dans une relation où l’on ne sait plus très bien qui est qui.

Le retrait, ou la relation à distance

Un autre visage de ces difficultés est le repli. Voici un témoignage anonymisé :

« Au lycée, j’ai quelques amis, surtout une en fait. On s’entend bien, ça va, mais je n’ai pas très envie de rencontrer d’autres personnes. Ce que font les autres, ça ne m’intéresse pas vraiment. Ils se retrouvent en soirée, au restaurant. Ça, je ne peux plus. Et puis je n’en ai pas envie. Je me sens renfermée avec le temps. J’ai des relations, mais je ne partage pas mon intimité. J’en ai trop bavé auparavant. Je ne sais pas pourquoi, mais ça finit toujours un peu mal avec mes amis. »

On y retrouve ce que je rencontre souvent : des liens présents mais gardés à distance, des lieux et des moments de vie sociale devenus inaccessibles, et l’impression que les relations se terminent mal, sans qu’on sache pourquoi. Le retrait protège, mais il coûte aussi cher : la solitude s’installe et, avec elle, le sentiment de ne pas être compris.

Ce que l’accompagnement peut apporter

Il ne s’agit pas de « forcer » à sortir ou à se rapprocher des autres. Un accompagnement peut permettre de :

  • Se rencontrer soi-même : repérer ce que l’on ressent, ce que l’on veut, ce qui est important pour soi et pas seulement pour l’autre.
  • Distinguer ses besoins de ceux des autres : apprendre à ne plus tout organiser autour de ce que l’on croit attendu de soi.
  • Avancer à son rythme vers des relations choisies, en accord avec ses valeurs, notamment grâce à l’approche ACT (Thérapie d’Acceptation et d’Engagement).

Se relier aux autres passe d’abord par la possibilité d’exister soi-même dans la relation.

Et si vous vous reconnaissez ?

Si vous traversez un trouble alimentaire et que ces difficultés relationnelles vous parlent, sachez que vous n’êtes pas seul(e). Un accompagnement adapté, en lien avec les professionnels de santé qui vous suivent, peut vous aider à avancer.

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